Origines et conception d'OTO

OTO est né d’un projet de fin d’études en ébénisterie et en design, mené à partir de 2018 par Alexia Audrain, aujourd’hui fondatrice de LABAA. Sensibilisée à l’autisme par ses échanges avec son amie Gabrielle Bourroux, éducatrice spécialisée en institut médico-éducatif, elle souhaite alors mettre sa démarche de création au service d’un besoin concret centré sur l’utilisateur. La rencontre avec les jeunes accueillis dans cet établissement et leurs éducateurs oriente son projet et définit son objectif : concevoir un mobilier en bois répondant aux besoins sensoriels des personnes autistes.

Le projet s’inspire de la « machine à serrer » conçue par Temple Grandin, dispositif à deux panneaux latéraux dont l’utilisateur commande le rapprochement afin d’obtenir une pression profonde contrôlée. OTO reprend ce principe sous la forme d’un fauteuil au design épuré, dans une démarche visant à réduire l’encombrement, à permettre une posture assise et à limiter la stigmatisation associée à l’usage du dispositif.

La conception s’est déroulée pendant environ un an et demi en partenariat avec l’Institut médico-éducatif (IME) de Blain (Adapei 44). Des éducateurs, des psychomotriciens, et des enfants et adolescents autistes ont participé à l’identification des besoins, puis aux essais successifs.
 
Une première phase a permis de déterminer la posture la plus adaptée à l’aide de fauteuils-sacs, puis un prototype à coussins gonflables a servi à estimer la pression nécessaire et à définir les caractéristiques techniques. Le retour des utilisateurs et des professionnels a directement orienté les choix de forme enveloppante, de matières, de coloris apaisants et de télécommande à pictogrammes, destinée à favoriser une autonomie progressive.
 
Un premier modèle a été présenté en juin 2019, puis testé dans un second institut médico-éducatif près de Nantes. Des essais ont également été conduits dans un foyer d’accueil médicalisé à Grandchamp-des-Fontaines, de sorte que le dispositif soit pertinent pour tous les âges.
À partir de décembre 2020, OTO a été évalué par l’équipe du Centre d’excellence sur l’autisme et les troubles du neurodéveloppement de Tours (ExAC-T), rattaché au CHRU de Tours, sous la direction du Professeur Frédérique Bonnet-Brilhault. Le fauteuil a été installé en janvier 2021 dans l’hôpital de jour pour enfants autistes de ce centre. Quatre itérations de conception ont ensuite été menées, à partir d’enregistrements vidéo des premières séances et des retours des professionnels. Elles ont notamment conduit à l’affichage de la pression en temps réel pour les professionnels, à l’enregistrement horodaté des pressions appliquées, à un protocole de sécurité en cas de défaillance, à la dissociation des cellules supérieures et inférieures, à la réduction du bruit de gonflage et au retrait d’un voyant lumineux jugé trop stimulant. Ce partenariat médical a permis d’ancrer chaque choix de conception dans une réalité clinique, qu’il s’agisse de la nature et de l’intensité de la pression corporelle, des réglages ou des protocoles d’utilisation. Des essais de deux mois ont par ailleurs eu lieu dans des structures de Rennes, d’Angoulême et de Grandchamp-des-Fontaines.
 
Le dispositif final repose sur quatre cellules gonflables exerçant une pression progressive, mesurable et homogène sur les épaules, les bras, le tronc, les hanches et les cuisses. Les seuils maximaux par défaut sont de 60 mmHg pour les cellules supérieures et de 80 mmHg pour les cellules inférieures, valeurs comparables à la pression ressentie à un mètre sous l’eau. L’utilisateur peut moduler la pression à l’aide d’une télécommande à pictogrammes, et lez professionnels peuvent en fixer le maximum. La structure est en bois de hêtre, les housses sont amovibles et lavables et la forme en cocon vise à créer un sentiment d’intimité tout en limitant les stimulations visuelles et sonores extérieures.
 
Témoignage vidéo du CHRU de Tours sur la co-conception du fauteuil OTO 

Le processus de conception d’OTO, le dispositif final et les premiers retours d’utilisation ont fait l’objet d’une publication scientifique dans JMIR Human Factors en 2024, rédigée par l’équipe du CHRU de Tours (ExAC-T) avec Alexia Audrain. L’article décrit une démarche de conception centrée sur l’utilisateur en quatre itérations, évaluée selon l’échelle UCD-11, ainsi que l’utilisabilité du fauteuil (score SUS de 81 sur 100) et les premières impressions cliniques recueillies auprès de 39 enfants autistes.

Fondements scientifiques

La sensorialité dans les troubles du développement et notamment dans les troubles du spectre de l’autisme

La compréhension de l’autisme a connu un tournant majeur avec l’intégration des particularités sensorielles dans les critères diagnostiques du DSM-5. Comme le souligne le CRA Centre-Val de Loire, le trouble du traitement des informations sensorielles a un impact significatif sur le développement et les comportements au quotidien. Avec les troubles de la communication et les douleurs somatiques, il compte parmi les principales causes d’apparition des troubles du comportement. Pour un accompagnement adapté, il est donc impératif de comprendre comment la personne perçoit son environnement.

Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter la fiche complète sur 

Cette dimension est d’autant plus déterminante que la sensorialité est le socle des apprentissages de base. Le développement moteur, émotionnel, social et cognitif, ainsi que la communication, s’appuient sur la manière dont nous recevons et organisons les sensations. Lorsque les particularités sensorielles ne sont pas prises en compte, elles peuvent avoir un retentissement négatif sur ces apprentissages fondamentaux.

Modélisée par Williams et Shellenberger, cette dynamique fonctionne comme un jeu de construction où chaque niveau dépend de la stabilité du précédent : Le socle neurosensoriel (la base) : Le système nerveux central traite les informations issues des sens (toucher, mouvement, pression profonde, ouïe, vue…).L’intégration motrice et perceptive (le centre) : L’enfant organise ses gestes, stabilise sa posture et affine sa capacité d’attention.L’épanouissement cognitif et comportemental (le sommet) : Les apprentissages scolaires, la communication et l’autonomie au quotidien s’installent sereinement.Lorsque les particularités sensorielles sont négligées, des perturbations apparaissent en cascade jusqu’au sommet. Offrir un environnement adapté à la base est donc la condition essentielle pour permettre à l’enfant de fonctionner de façon optimale.

La pression profonde s’adresse à l’un de ces sens, la proprioception.

La proprioception est le sens qui nous permet de ressentir la position et le mouvement du corps dans l’espace grâce à des récepteurs situés dans les muscles, les articulations et les tendons.

A droite voici un exercice qu’on peut faire grâce à notre sens proprioceptif, toucher son nez les yeux fermés. Notre cerveau connait sa position grâce à nos récepteurs. 

Quant à la pression profonde, elle désigne l’application d’une pression ferme et répartie sur le corps. Son usage en contexte thérapeutique pour les personnes concernées par les troubles du spectre de l’autisme a été popularisé depuis les travaux de Temple Grandin dans les années 1990.

En stimulant le toucher et la proprioception, la pression profonde agit sur le système nerveux autonome, qui régule l’état d’éveil émotionnel et physiologique, contribuant à diminuer l’anxiété et à favoriser l’apaisement. Cette action concerne aussi bien les personnes hyporéactives, qui recherchent des sensations, que les personnes hyperréactives, pour lesquelles une pression contrôlée et prévisible peut aider à réguler un environnement vécu comme trop stimulant.

Le fauteuil OTO s’inscrit dans le cadre de la thérapie d’intégration sensorielle proposée par Anna Jean Ayres, qui désigne la capacité d’organiser les sensations reçues par le corps afin de produire une réponse adaptée. La modulation sensorielle, c’est-à-dire la capacité à réguler l’intensité de ses réponses aux stimulations, en est l’une des composantes : elle permet d’éviter une surcharge sensorielle et d’ajuster ses réactions à l’environnement. Les interventions sensorielles visent ainsi à maintenir un niveau d’éveil optimal entre sous-stimulation et sur-stimulation, afin de permettre à la personne de répondre de manière adaptée à son environnement.

Au-delà de la pression, le fauteuil a été conçu selon une approche multimodale. Sa forme enveloppante délimite un espace physique restreint, destiné à réduire la quantité d’informations visuelles à traiter, tandis que l’enveloppe feutré en mousse du cocon atténue en partie les bruits ambiants.

OTO s’appuie sur tous ces fondements scientifiques. Retrouvez les différentes manières de travailler avec le fauteuil dans la page : 

La recherche avec OTO

Dans le cadre médical, OTO est régulièrement utilisé dans diverses structures d’accueil, établissements médico-sociaux et services hospitaliers. À l’hôpital de jour du CHRU de Tours, 39 enfants autistes âgés de 3 à 12 ans, présentant pour la plupart une déficience intellectuelle, l’ont utilisé de façon régulière, une à deux fois par semaine, pour des séances de 3 à 20 minutes. Le fauteuil a totalisé 272 heures d’utilisation, toujours en présence d’un professionnel. Les premières séances sont des séances d’habituation d’environ cinq minutes, et une présentation progressive du dispositif est recommandée pour les personnes les plus anxieuses. Quatre enfants ont cessé de l’utiliser en raison du bruit, de la sensation d’espace clos ou d’une anxiété persistante, ce qui a conduit à réduire le bruit de gonflage.

 
L’utilisabilité a été évaluée en juillet 2022 auprès de neuf professionnels (psychomotriciens, infirmiers, éducateurs) à l’aide de la System Usability Scale. Le score moyen de 81 sur 100 correspond à une utilisabilité située entre bonne et excellente. Aucun effet indésirable n’a été rapporté, l’enfant peut quitter le fauteuil à tout moment et le professionnel, dégonfler les cellules. Les impressions cliniques recueillies évoquent une augmentation du plaisir et de la détente corporelle, une diminution de l’anxiété, une meilleure stabilité posturale, un meilleur contact social et, au retour dans le groupe, une amélioration de l’attention et de la régulation émotionnelle.
 
En 2023, un travail sur l’acceptabilité des outils de pression profonde par les personnes autistes a été réalisé à Tours, dans le cadre d’un mémoire de master 2 à l’ISTR (Université Lyon 1). Tracy Nour, l’étudiante en question, a collaboré avec le Dr Thomas Gargot, deux sociologues ainsi que les psychomotriciennes du Centre de Ressources Autisme et de l’hôpital de jour. Dans une démarche de recherche centrée sur l’utilisateur, trois groupes de discussion réunissant sept professionnels, quatre parents et quatre enfants autistes de 11 à 15 ans, ont été organisés entre avril et mai 2023. Les participants ont essayé plusieurs dispositifs de pression profonde, dont le fauteuil OTO, et ont partagé leur perception de leur efficacité et de leur acceptabilité. Selon les professionnels interrogés, OTO figure parmi les outils dont l’efficacité attendue est la plus élevée (83 %), avec une acceptabilité estimée à 73 %. L’intégralité des enfants interrogés ont jugé le fauteuil facile à utiliser et lui ont attribué un effet positif sur leur bien-être. Les parents ont apprécié sa simplicité d’utilisation, le niveau de pression qu’il procure et la possibilité pour l’enfant de régler lui-même l’intensité et la zone de pression.
 
D’autres expérimentations sont en cours ou ont été conduites hors de Tours notamment dans une maison d’accueil spécialisée à Ajaccio, où un fauteuil a été financé par l’Agence régionale de santé de Corse.
 
Les travaux se poursuivent avec l’équipe du CHRU de Tours. Un essai contrôlé d’une durée prévue de 12 semaines est envisagé. Il caractériserait les participants de manière précise (ADI-R, ADOS, échelle EPSA d’évaluation des particularités sensori-psychomotrices dans l’autisme) et pourrait associer des mesures physiologiques telles que la variabilité de la fréquence cardiaque et l’activité électrodermale.
 
Retrouvez la littérature scientifique qui parle du fauteuil OTO ci-dessous :

OTO en EHPAD

En 2024, OTO a fait l’objet d’une première expérimentation auprès de personnes âgées présentant des troubles neurocognitifs, conduite à l’EHPAD Parc de Diane, à Nantes, par la Cellule INNOV du groupe LNA Santé. L’investigatrice principale de l’étude, Magali Franchet, visait à évaluer le fauteuil sur trois dimensions (émotionnelle, motrice et sociale) ainsi que les obstacles et les facteurs facilitants son usage en gériatrie.

Dans un premier temps, dix résidents anxieux ou agités, âgés de 81 ans en moyenne, ont bénéficié pendant trois mois d’une séance hebdomadaire de 20 minutes en salle de bien-être, accompagnée par un thérapeute. Dans un second temps, le fauteuil a été installé pendant quatre mois dans les salons des unités, pour une utilisation libre qui a concerné dix résidents supplémentaires.

Les évaluations indiquent des effets globalement positifs. Les troubles du comportement diminuent légèrement (baisse moyenne de 3 points au NPI-ES), et l’agitation, initialement élevée (CMAI moyen de 65), tend à diminuer. L’anxiété, la tristesse et la colère reculent au profit de la détente, et les effets peuvent durer parfois jusqu’au soir. La communication verbale diminue pendant l’usage, ce qui traduit un recentrage sur soi, tandis que les interactions non verbales (sourires, regards, présence) sont renforcées.