Le projet s’inspire de la « machine à serrer » conçue par Temple Grandin, dispositif à deux panneaux latéraux dont l’utilisateur commande le rapprochement afin d’obtenir une pression profonde contrôlée. OTO reprend ce principe sous la forme d’un fauteuil au design épuré, dans une démarche visant à réduire l’encombrement, à permettre une posture assise et à limiter la stigmatisation associée à l’usage du dispositif.
Le processus de conception d’OTO, le dispositif final et les premiers retours d’utilisation ont fait l’objet d’une publication scientifique dans JMIR Human Factors en 2024, rédigée par l’équipe du CHRU de Tours (ExAC-T) avec Alexia Audrain. L’article décrit une démarche de conception centrée sur l’utilisateur en quatre itérations, évaluée selon l’échelle UCD-11, ainsi que l’utilisabilité du fauteuil (score SUS de 81 sur 100) et les premières impressions cliniques recueillies auprès de 39 enfants autistes.
La sensorialité dans les troubles du développement et notamment dans les troubles du spectre de l’autisme
La compréhension de l’autisme a connu un tournant majeur avec l’intégration des particularités sensorielles dans les critères diagnostiques du DSM-5. Comme le souligne le CRA Centre-Val de Loire, le trouble du traitement des informations sensorielles a un impact significatif sur le développement et les comportements au quotidien. Avec les troubles de la communication et les douleurs somatiques, il compte parmi les principales causes d’apparition des troubles du comportement. Pour un accompagnement adapté, il est donc impératif de comprendre comment la personne perçoit son environnement.
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Cette dimension est d’autant plus déterminante que la sensorialité est le socle des apprentissages de base. Le développement moteur, émotionnel, social et cognitif, ainsi que la communication, s’appuient sur la manière dont nous recevons et organisons les sensations. Lorsque les particularités sensorielles ne sont pas prises en compte, elles peuvent avoir un retentissement négatif sur ces apprentissages fondamentaux.
Modélisée par Williams et Shellenberger, cette dynamique fonctionne comme un jeu de construction où chaque niveau dépend de la stabilité du précédent : Le socle neurosensoriel (la base) : Le système nerveux central traite les informations issues des sens (toucher, mouvement, pression profonde, ouïe, vue…).L’intégration motrice et perceptive (le centre) : L’enfant organise ses gestes, stabilise sa posture et affine sa capacité d’attention.L’épanouissement cognitif et comportemental (le sommet) : Les apprentissages scolaires, la communication et l’autonomie au quotidien s’installent sereinement.Lorsque les particularités sensorielles sont négligées, des perturbations apparaissent en cascade jusqu’au sommet. Offrir un environnement adapté à la base est donc la condition essentielle pour permettre à l’enfant de fonctionner de façon optimale.
La pression profonde s’adresse à l’un de ces sens, la proprioception.
La proprioception est le sens qui nous permet de ressentir la position et le mouvement du corps dans l’espace grâce à des récepteurs situés dans les muscles, les articulations et les tendons.
A droite voici un exercice qu’on peut faire grâce à notre sens proprioceptif, toucher son nez les yeux fermés. Notre cerveau connait sa position grâce à nos récepteurs.
Quant à la pression profonde, elle désigne l’application d’une pression ferme et répartie sur le corps. Son usage en contexte thérapeutique pour les personnes concernées par les troubles du spectre de l’autisme a été popularisé depuis les travaux de Temple Grandin dans les années 1990.
En stimulant le toucher et la proprioception, la pression profonde agit sur le système nerveux autonome, qui régule l’état d’éveil émotionnel et physiologique, contribuant à diminuer l’anxiété et à favoriser l’apaisement. Cette action concerne aussi bien les personnes hyporéactives, qui recherchent des sensations, que les personnes hyperréactives, pour lesquelles une pression contrôlée et prévisible peut aider à réguler un environnement vécu comme trop stimulant.
Le fauteuil OTO s’inscrit dans le cadre de la thérapie d’intégration sensorielle proposée par Anna Jean Ayres, qui désigne la capacité d’organiser les sensations reçues par le corps afin de produire une réponse adaptée. La modulation sensorielle, c’est-à-dire la capacité à réguler l’intensité de ses réponses aux stimulations, en est l’une des composantes : elle permet d’éviter une surcharge sensorielle et d’ajuster ses réactions à l’environnement. Les interventions sensorielles visent ainsi à maintenir un niveau d’éveil optimal entre sous-stimulation et sur-stimulation, afin de permettre à la personne de répondre de manière adaptée à son environnement.
Au-delà de la pression, le fauteuil a été conçu selon une approche multimodale. Sa forme enveloppante délimite un espace physique restreint, destiné à réduire la quantité d’informations visuelles à traiter, tandis que l’enveloppe feutré en mousse du cocon atténue en partie les bruits ambiants.
OTO s’appuie sur tous ces fondements scientifiques. Retrouvez les différentes manières de travailler avec le fauteuil dans la page :
Dans le cadre médical, OTO est régulièrement utilisé dans diverses structures d’accueil, établissements médico-sociaux et services hospitaliers. À l’hôpital de jour du CHRU de Tours, 39 enfants autistes âgés de 3 à 12 ans, présentant pour la plupart une déficience intellectuelle, l’ont utilisé de façon régulière, une à deux fois par semaine, pour des séances de 3 à 20 minutes. Le fauteuil a totalisé 272 heures d’utilisation, toujours en présence d’un professionnel. Les premières séances sont des séances d’habituation d’environ cinq minutes, et une présentation progressive du dispositif est recommandée pour les personnes les plus anxieuses. Quatre enfants ont cessé de l’utiliser en raison du bruit, de la sensation d’espace clos ou d’une anxiété persistante, ce qui a conduit à réduire le bruit de gonflage.
En 2024, OTO a fait l’objet d’une première expérimentation auprès de personnes âgées présentant des troubles neurocognitifs, conduite à l’EHPAD Parc de Diane, à Nantes, par la Cellule INNOV du groupe LNA Santé. L’investigatrice principale de l’étude, Magali Franchet, visait à évaluer le fauteuil sur trois dimensions (émotionnelle, motrice et sociale) ainsi que les obstacles et les facteurs facilitants son usage en gériatrie.
Dans un premier temps, dix résidents anxieux ou agités, âgés de 81 ans en moyenne, ont bénéficié pendant trois mois d’une séance hebdomadaire de 20 minutes en salle de bien-être, accompagnée par un thérapeute. Dans un second temps, le fauteuil a été installé pendant quatre mois dans les salons des unités, pour une utilisation libre qui a concerné dix résidents supplémentaires.
Les évaluations indiquent des effets globalement positifs. Les troubles du comportement diminuent légèrement (baisse moyenne de 3 points au NPI-ES), et l’agitation, initialement élevée (CMAI moyen de 65), tend à diminuer. L’anxiété, la tristesse et la colère reculent au profit de la détente, et les effets peuvent durer parfois jusqu’au soir. La communication verbale diminue pendant l’usage, ce qui traduit un recentrage sur soi, tandis que les interactions non verbales (sourires, regards, présence) sont renforcées.